De temps à autre je m'égare et je vais voir mes premiers articles, ceux du milieu, les commentaires remplis d'insultes (encore plus que de fautes d'orthographe), les plus récents. Même s'il s'agit d'une publication mineure (Un art majeur, majeur ! [ Souvenir que seuls quelques privilégiés à bord d'une péniche voguant sur du rhum peuvent se remémorer ] ), je n'ai pas à rougir de ce blog. Je n'y ai cité à aucun moment ni marc lévy, ni christine angot, ni alice ferney, ni anna gavalda, ni olivier adam, ni quoique ce soit qui abaisse l'âme humaine au rang de dégénéré – hormis pour jeter mon venin dessus, évidemment. On me reprochait d'être sur Skyrock. Alors d'une part, graphiquement c'est le top, facile d'utilisation (ne passant pas ma vie sur internet je ne peux en saisir les méandres), et d'autre part j'adorais, sur ce terreau de bêtise ahurissante : je rappelle cette équation simple [ et pas que d'esprit ] : H = « Me é mn poto ds sa gova sisi / F = « Me and my best jte kiff (L) qui ornent toutes vos jolies photos de tecktonic ou de pétasses rachitiques maquillées comme des 205 tunnées ; j'adorais donc venir parler ici de politique, j'aimais bien venir y louer ou blâmer un livre, dévoiler mes pensées sur une actualité médiatique, ou raconter ma dernière soirée. La forme ne compte pas, le fond si. Mais tout le monde oublie le fond. Parce que tout le monde est dégénéré, vos blogs tunning ou maquillage où vous affichez votre mal-être dont tout le monde se tape sont des espaces consanguins.
Parce que oui, donc, tout le monde aura saisi mon goût de la fête. Là je pense que de certaines illusions se sont construites sur moi. Pour évacuer les premières : non je ne vais ni au pharaon, ni à la lokomia, ni au pacha. Ce sont des laboratoires de la connerie, des lieux sordides dans lesquels chaque décibel enlève cent neurones d'un coup et où les beaufs adorent parader comme des coqs endimanchés d'un t-shirt diesel. Certes, je sors trop, mais bien. Vive le Showcase, gloire à Castel, hymne au VIP Room, et j'en passe, et j'en passe...J'en passe des soirées à revenir le costume aussi défait que le visage, la cravate dénouée, j'en passe des rencontres sensationnelles, ces instants gagnés sur l'ennui, ces moments de grâce et de classe avec ces têtes brûlées que j'adore tant, à se dire que, « Wahou, on passe des soirées avec ceux qu'on a vu à la télé hier ». Je ne suis pourtant pas stéréotypé, du moins je ne le pense pas. Hormis les jeudis matins qui se ressemblent, parce qu'écouter parler de Derrida le crâne encore noyé de Mojitos, ce n'est pas si simple.
Peut-être suis-je dans une impasse, peut-être suis-je condamné à être libre. Mais je n'y peux rien, je suis ainsi fait. Je ne peux physiquement pas, comment dit-on déjà, ah oui, « me poser ». Caractère romanesque si vous voulez, instabilité si vous préférez, connerie si vous préférez vraiment encore plus ; mais enfin, ce qui est bancal est humain. Les soirées DVD me font peur, je crache sur les niaiseries, j'en suis déjà blasé, je n'ai pas à le découvrir. Je n'ai tout simplement pas le temps de m'ennuyer, comme je n'ai pas celui de lire de mauvais livres, comme je n'ai pas celui de parler à quelqu'un de mou, comme je n'ai pas celui de fumer des joints (cf : article d'en-dessous), comme je n'ai pas celui de fréquenter des lieux urticants.
Le plus beau compliment que l'on m'a fait à propos de ce blog, c'est lorsqu'une personne lambda me dit qu'un sujet lambda l'a fait réfléchir, une fois débarrassé de son emballage ironique et peu sérieux. C'est vrai que c'est un beau compliment. Peut-on le dire à propos de vos blogs remplis de jérémiades, blindés d'inutilités ou de vous posant sur une moto cross ? (C'était ma dernière pique, promis).
Julien-L tire donc sa révérence, ciao l'artiste. Evidemment, ceux qui n'ont jamais pigé l'extrême second degré que j'ai en parlant de moi-même, on ne s'étonne pas qu'ils me laissent ce genre de commentaires, similaires à l'équation ci-dessus (du moins pour l'aspect formel, non intellectuel évidemment) : « put1 mé t ki pr parlé com sa rentr ché twa ».
Mon article d'adieu se termine sur une prière, oui une prière. Je vous en supplie, ô oui, je vous en supplie, écrivez toujours en français. Même en mauvais français, même avec des fautes de frappes, on s'en fout, mais arrêtez les abréviations, arrêtez même les « épissétou », ou les « kesskonfé ». Des esprits mille fois plus brillants que nous, et dix mille fois plus brillants que vous (pardon j'ai menti tout à l'heure à propos de la dernière pique), ont fixé cette si belle langue française, et vous vous l'employez pour raconter vos conneries, et pire, vous la détruisez, vous l'offrez au plus grand nombre dans son appareil le plus débile. S'il vous plaît, en respectant la langue, vous vous respecterez d'abord vous, et ensuite vos lecteurs, et peut-être que vous ferez des articles intelligents ; et, enfin, la blogosphère sera un espace d'idées, d'échanges intellectuels, de découvertes, et les niaiseries et autres débilités de la bassesse humaine ne seront plus qu'un mauvais et lointain souvenir.




