Je me souviens d'une fin de soirée assez particulière, il y a pas mal d'années, je serais incapable de dire quand, ni qui était là; mais, ô peuple qui vit, tu dois bien savoir que la fin de soirée est un moment propice à la confidence. On devait être une dizaine, et chacun devait dire comment il se voyait dans 30 ans, le truc classique. Je me souviens de "Je veux créer mon entreprise, mais une petite, juste histoire de faire vivre ma famille"; "Je veux des enfants et me poser avec une femme"; "Je veux une belle maison pour vivre avec ma famille, à la campagne". Pourquoi, et j'étais sincère, aucune volonté de faire un coup d'éclat, j'ai dit à peu près : "Vous me faîtes peur là. Moi je veux faire la fête tous les soirs, multiplier toutes les expériences possibles et imaginables, ne jamais devenir l'esclave de qui que ce soit et vivre ma vie à 300 à l'heure". Résonnent les rêves adolescents que nous avons toujours eu ou proclamés, seulement voilà. 23 ans bientôt, et toujours pas rentré dans le cadre. La semaine dernière, je me lève, disons 14 heures, la tête qui tourne, mais qui tourne, et ma mère me demande : "Tu n'en as pas marre de t'étourdir comme ça?". Oui c'est de l'étourdissement, je n'y peux rien. Tous les cadres imprimés dans vos cervelles ont sauté dans la mienne. Cela me fait peur d'être dans ma vingtième année et de déjà confier sa liberté à quelqu'un, de se laisser mener par le bout du nez, avoir un poids au pied. Si vous préférez, j'ai toujours rêver la vie que j'ai là. J'écume les bars chics et ensuite les clubs chics de Paris, j'en sors à sept heures du matin et je vais travailler dans la foulée, avec mes fidèles complices. On me demande ce que cela peut bien m'apporter, on me le reproche même. Cela ne m'apporte rien d'autre que de la joie de vivre, l'impression de ne pas aller dans des boîtes de banlieue miteuses, dans un "pub" quelconque. Cela aussi me terrifie. C'est du snobisme, si vous voulez. Et non je n'ai pas de faux amis, j'ai certainement les meilleurs qui puissent exister. Certains ont foutu le camp parce que leur conception de la vie n'était pas la mienne, et je ne confonds pas avec la dizaine de personnes à qui je claque la bise en une soirée. Et il ne s'agit pas, je pense, de superficialités. Être superficiel c'est se complaire dans un certain artifice assez médiocre, à la différence du dandysme; et la mondanité fait bon ménage avec l'amour des lettres. Balzac, Proust, Capote, des mondains et des brillants. So what? D'accord marc lévy peut aller chez Castel, cela n'améliorera pas son style pour autant. Je pense, certes, que ces cadres on sauté parce qu'on me les a saboté. C'était sûrement un mal pour un bien.
Alors on m'a expliqué l'inverse. Que justement, le bonheur consistait dans ces menus bonheurs, dans le fait d'aller manger une crêpe avec sa bien aimée, d'aller au cinéma main dans la main, de rester sans sortir et de regarder M6 toute la journée. Ah mince, je veux pas être heureux, je veux et je vaux plus.