Rendez-vous en terre inconnue.

Rendez-vous en terre inconnue.
Parfois il faut savoir sacrifier une soirée chez Castel et au Mécène. Le sac sur le dos, la mèche rebelle et le col débraillé, direction la cité rouennaise, ville où Jeanne d'Arc a prié pour qu'il pleuve, et ville où réside mon ami de chez ami, le fameux Raphaël, et son frère Léo, de sacrés convives.
Deux choses, au niveau culturel donc existentiel, ont retenu mon attention si sélective. La première. On a subi un concert de cali et le soir d'après nous avons vibré devant Iggy Pop, notre Godfather à tous. Que faut-il en retenir? Une seule chose : nous sommes la seule génération à ne pas avoir été capable de créer une alternative à celle de nos parents. D'où, comme de nombreux psychiatres commencent à le dire, la hausse inégalée dans le temps des troubles comportementaux, nés d'un malaise par rapport aux parents. Quand je vous dis que la culture c'est la vie. Mais peu importe l'âge, voir Iggy se verser une bouteille sur la tête, secouer la tête de bas en haut pendant qu'il débite ses plus belles chansons. Avant d'aller boire un coup. Puis quelques autres. (Ah oui ça...)
D'autre part, visite de la « Maison Victor Hugo », à Villequiers, ville où sa fille, Léopoldine, a trouvé la mort dans la Seine, ce qui a changé considérablement la vie, ainsi que l'½uvre de cet être que je chéris, mais vous êtes au courant. Une atmosphère de nostalgie, évidemment. Et surtout l'aura du poète, de l'écrivain, du visionnaire, du génie qu'il ne cessera jamais d'être. Des clichés de la place du Panthéon lors de ses obsèques nationales. Alors question. La patrie peut-elle de nouveau s'émouvoir si votre idole, marc lévy, venait à disparaître ? Verra-t-on des dizaines de personnes de tous les âges se masser dans les galeries de sa maison ? L'esprit des auteurs de la chick-litt que vous consommez traversera-t-il les siècles ? J'en doute. Vous aimez sherifa luna et vous lisez Elles. Vous vous extasiez devant Kad qui fait un discours le 14 Juillet (et donc là ne me dîtes pas qu'il n'y a pas régression). Vous mettez des ailerons à vos voitures et vous attendez Secret Story tous les soirs.
Le snobisme est un facteur de liberté.
Bref. Un super week-end sinon, parce que Rouen est une ville sublime avec des Jackys sublimes (pour un coup d'½il allez sur Tapalechoix / Quoi tu ne connais pas ? C'est que tu es dedans...), des verres de Pastis peu coûteux, un DJ vraiment bon qui mixe au pub situé à quelques encablures de la Seine, et des amis vraiment déments ; et c'est sûrement l'essentiel, à l'arrière de ce bateau où je pose modestement ou à siroter de l'Absolut-Orange.

# Posté le lundi 14 juillet 2008 17:35

Modifié le vendredi 25 juillet 2008 11:11

Voyage au bout de la night

Voyage au bout de la night
Oups...ça fait un long moment que j'ai posté ici. Vous voulez vous plaindre? Je dénonce les responsables : Le Mécène, Le Mondrian, Le Mabillon, Les Editeurs, le Georges V, le Queen, et évidemment Castel. Que voulez-vous? Je peux pas tout faire, et deux heures de sommeil par nuit c'est assez difficile. Certaines personnes font une soirée (qui plus est minable) par an et en parlent pendant des jours. Il faut faire un choix. Hier soir vu Claude Brasseur, Jonathan Littel et Pierre Bénichou (cherchez l'intrus). Vive la vie.

# Posté le jeudi 03 juillet 2008 15:08

Citation et reconnaissance

Citation et reconnaissance
"C'est par malentendu qu'on s'adresse à l'écrivain, il croit qu'on lui demande son travail, dont on n'a que faire, alors qu'on n'en veut qu'à sa signature, qui paie. Et comme il manque à ce point de sens pratique qu'on ne peut en général le décider à vendre l'une sans l'autre, on tâche au moins d'obtenir qu'il plaise et qu'il assure des bénéfices aux actionnaires ou qu'il persuade et serve la politique de l'Etat. Dans les deux cas, on lui démontre par des statistiques que les mauvaises productions ont plus de succès que les bonnes et lorsqu'on l'a mis au courant du mauvais goût public on le prie de s'y soumettre. Quand l'oeuvre est achevée, pour être tout à fait sûr qu'elle est au plus bas, on la livre à des médiocres qui coupent ce qui dépasse. Mais c'est précisément sur ce point que notre lutte doit porter. Il ne convient pas de s'abaisser pour plaire, mais au contraire, de révéler au public ses exigences propres et de l'élever, petit à petit, jusqu'à ce qu'il ait besoin de lire".


Ce n'est pas de moi, mais de Sartre ! ( Qu'est-ce que la littérature ? - IV - Situation de l'écrivain en 1947)

Voici un essai de haute volée, un peu confus par moment, mais réfléchi et non dénué de bon sens. Nous pouvons, comme moi, être en désaccord sur, comme il le dit, la question du socialisme comme un des moyens principaux d'émergence d'une littérature totale, mais il faut reconnaître la puissance de ses idées, en 1947, à mettre en lumière avec la catastrophe de maintenant. Le niveau de l'instruction a baissé, donc le niveau culturel s'en ressent (marc lévy en est à 380 000 exemplaires, ou alors il n'y a qu'à voir le rythme auquel vos blogs de tuning et sur le vernis à ongles pullulent comme la peste). Un essai que je voudrais rapprocher, presque comme une évidence, de celui de Julien Gracq, La littérature à l'estomac. Etre élitaire pour tous, selon l'expression, ce n'est pas un gros mot, c'est une nécessité, c'est le seul moyen de ne pas être ignorant comme vous tous, si je puis dire.

# Posté le samedi 14 juin 2008 10:54

A quoi ressemble la chambre d'un écriteur?

A quoi ressemble la chambre d'un écriteur?
Comme je l'avais décrit il y a quelques pages, une chambre est toujours particulier pour un amoureux de littérature et d'écriture. Musset, de mémoire, en a parlé pour la première fois dans une de ses Nuits, Mallarmé en parlera aussi, de même que Reverdy ou Jaccottet. Elle deviendra au XXe siècle le lieu de solitude et de recueillement, symbole presque monacal de l'atelier, du lieu de travail de l'artisan. Description non exhaustive de ce qui m'entoure en ce moment même...

- Une moquette bleue, des murs de la même couleur, des joints jaunes clairs.

- Un lit mezzanine, un grand bureau en dessous.

- Un PC et un PC portable (avec respectivement mes petits cousins et JCVD en fond d'écran).

- Un pouf.

- Un canapé qui se déplie pouvant accueillir deux voire trois personnes. (hum).

- Deux cendriers.

- Des bougies sur tous les meubles (au nombre de trois).

- Une première armoire avec mes encyclopédies Universalis, mes dictionnaires, du Littré au Petit Robert.

- Des reproductions de tableaux (Picasso, Picabia, Van Gogh, Delacroix).

- Des photos (mes proches, photos d'enfance, mes grands-pères).

- Des bouteilles de vin rouge entamées.

- Une deuxième armoire où figurent presque 500 oeuvres, poésie, roman, théâtre.

- Une troisième avec beaucoup de philosophie et de psychanalyse.

- Une toute petite télé pour me tenir au courant de ce qui se passe dans le monde.

- Une pile de notes assez immense.

- Une montagne de cahiers remplis de poèmes.

- Un chaîne de montagne remplie de nouvelles et de romans.

- Une pile de disques (Beatles, Elvis, Gainsbourg, les Stones) posés devant une chaîne Hifi toujours branchée sur Radio Classique.

- Une armoire réservée aux costards et aux chemises (Pascal, tagueul!), une autre aux affaires de sport.

- Deux plumes et deux pots d'encre, posés sur les petites étagères. Quand l'halogène est en route, c'est du meilleur effet.

- Des portraits sur tous les murs, à côté des tableaux : Picasso, Gainsbourg, Sartre, Victor Hugo, Stendhal, Molière, Baudelaire, Pauleta, Balzac, Beigbeder, évidemment.

- Une bougie en marbre blanc avec Che Guevara en noir dessus (des restes d'une adolescence révolutionnaire).

- Des mini-carnets de notes noircis de quatrains.

- Une belle fenêtre avec mes initiales de chaque côté de la poignée.

- Mes initiales gravées sur ma bibliothèque.

- Des barrettes et des collants derrière quelques meubles, qui visiblement ne m'appartiennent pas.

- Une chaise roulante et un tabouret.

- Des tubes de produits pour les yeux (le pollen est la pire invention du monde).

- Des dominos en ivoire véritable.

- Deux poignards, au cas où.

- Un caméscope numérique, au cas où Paris Hilton vient me voir.

- Une chicha sur la fin.

Et accessoirement moi, content de l'univers de ce 17 m².

# Posté le samedi 07 juin 2008 13:40

Modifié le samedi 07 juin 2008 13:54

Segments d'âme

Segments d'âme
Reprenons, le précédent article était mauvais, la tête tournait trop pour écrire (désolé d'avoir dû supprimer vos commentaires), et le manque de sommeil était trop flagrant. Je vous annonce avec une immense fierté que Les Portugais d'Aubergenville, magnifique club de football emmené par un grand avant-centre et un sublime ailier gauche - comprendre moi et mon cousin - finissent troisième de leur championnat.

Je voulais écrire à propos d'un passage de Musset,celui où il dit être venu trop tard dans un monde trop vieux. Quelle belle phrase, combien de fois ne fût-elle pas répétée au cours du siècle qui suivit sa mort. S'extasier face à une prétendue splendeur des temps anciens est un poncif. Certes, j'aurais aimé partir à la conquête des grands salons parisiens, mais il ne faut pas se leurrer, c'était la même dictature de l'apparence que maintenant, voire davantage. Sauf que les jeunes damoiseaux n'arrivaient pas en R5 rabaissée et les damoiselles ne lisaient pas Public. Est-ce bon d'être réactionnaire face à tous ces discours jeunistes et modernistes? Je le pense. Le niveau de l'école primaire s'est effondré, et donc les futurs instituteurs qui ont suivi leurs cours avec cet enseignement encore plus dégradé, referont les mêmes erreurs, répèteront à foison leurs discours droit de l'hommistes, se battront plus pour ne pas évacuer des sans-papiers que pour défendre et illustrer la langue française. Rien d'étonnant donc à ce qu'une génération se rue dans les concerts de diam's et les manifestations tecktonics, rien d'étonnant à ce que les diverses manifestations démagogiques contre quelques projets de lois virent à la mascarade de Mai 68, tout simplement parce qu'en Mai c'était une horde de jeunes qui connaissaient leur Marx sur le bout des doigts. C'était Sartre qui venait discourir avec eux, ce n'était pas olivier besancenot, ce n'était pas yannick noah.

Peut-être est-ce un défaut d'exécrer à ce point sa génération, je le conçois. Mais il n'y a qu'à constater. D'accord, la littérature de gare a toujours existé, d'accord, des machos il y en a toujours eu, d'accord, il y a toujours des dandys, d'accord. Mais la situation actuelle est préoccupante pour deux raisons. La première, et c'est du jamais vu dans notre évolution, la bêtise est promue. Les élites sont court-court-circuitées, les starlettes et les ringards, les inintellectuels (lorie, amel bent, vitaa, kamaro, cauet, j'en passe) ont envahi 65 % de notre univers médiatique. Etait-on plus malheureux à l'époque d'Apostrophes?

La deuxième, c'est que pour la première fois également, une génération ne parvient pas à se construire. Les modèles culturels sont tellement bas et faciles, qu'il devient impossible à cette génération perdue (qui n'arrive toutefois pas à avoir l'éclat de la Lost Generation) de dépasser celle de leurs parents, ce qui est une constante dans l'évolution de la société (du baroque au romantisme, jusqu'au rock).
Ce n'est pas parce que lolita pill imite la fille bourée sur un plateau de télévision que ses bouquins se sauveront de l'insignifiance. Un problème concernant l'immigration? Invitons lilian thuram et djamel debbouze en parler. Clairement, c'est la main-mise de la médiocrité et donc de la facilité qui frappe notre siècle de plein-fouet. Il est tellement plus facile de se plonger dans des livres pour minettes plutôt que de lire Marguerite Duras, tellement plus reposant (ah oui, la culture de la détente de l'esprit, aussi) de dépenser plus de 20 ¤ pour le dernier Gavalda plutôt que d'investir la même somme dans quatre classiques de poche.

Un article ici n'y changera rien. Je vais passer une nouvelle fois pour un illuminé qui déblatère le même discours à tous les comptoirs. Je m'en contrefous.

Mon âme, elle n'est pas au diable.




# Posté le samedi 31 mai 2008 11:09

Modifié le lundi 02 juin 2008 11:53