Les Illusions Percluses

Les Illusions Percluses
Il est rare que je sorte de cette auguste université la mine un peu contrariée, alors que toute ma semaine peut se résumer à un gigantesque éclat de rire.

Et pourtant. Dernier cours d'édition, hier après-midi. On y parle du système de diffusion et de distribution, de promotion et de marketing, la prof, madame V. a la mine un peu désespérée.
Elle nous parle du système de publication, et finit par asséner le coup de grâce. Comme des visages de l'enfer, elle montra en 2 par 2 via rétro projecteur quelques couvertures de livres, un Anna Gavalda, un exemplaire de chick-litt, un truc un peu « citadine branchée ».

Elle lève les yeux vers nous, saisit son micro et de sa voix suave déclare : « Tous ces systèmes marketings vous choisissent comme cibles. Ils vous font croire que vous êtes uniques. Alors que leur unique but est de vous laisser dans la masse. Lire Homère, Hugo et Zola ? Mais non, ils s'en fichent. Il faut du sensationnel, ne pas appartenir au grand fond culturel commun. Certains y croient, alors ils achètent de la littérature sentimentale et plus de Racine. Le tabou du marketing dans la littérature n'est pas levé ».

Mon regard croise celui d'autres rêveurs de littérature devant l'éternel, aussi déconfit que le mien.

Bien. Pour être publié, il faut correspondre à un phénomène d'actualité. Il faut réponde à une attente, quelque chose qui fasse pleurer dans les chaumières. Il faut être un archétype. Il faut vendre ses pages comme sur un marché. Le style ? Mais non, c'est fini le style.

Le talent baise le génie, comme disait Nabokov, rajoutons simplement que la connerie encule le talent par la même occasion.

Les auteurs de chick-litt ou encore de « quick books » sensationnalisants (néologisme, cherche pas) ne sont d'ailleurs pas les auteurs des livres, sachez-le (et je m'adresse aux nazes qui en sont friands).

Relisons les Illusions Perdues, pour se guérir de nos illusions percluses, oui, les nôtres, amoureux de grands textes.

# Posté le samedi 17 mai 2008 10:34

Voilà, c'est fini... (Toute ressemblance est fortuite)

Voilà, c'est fini...   (Toute ressemblance est fortuite)
Clin d'oeil ou hasard? Mardi dans un restaurant parisien des Champs-Elysées, me voilà assis à côté de Marco Simone. Marco c'était mon idole, un attaquant italien hors-pair qui a fait vibrer le Parc des Princes et tous les supporters du PSG pendant de belles années. J'avais quatorze ans, je ne l'avais jamais encore vu, même lorsque mon père me mettait sur ses épaules lorsqu'on allait voir l'équipe s'entraîner à Saint-Germain. J'avais son maillot, mes profs du collège m'appelaient Marco. Hélas pour ceux qui me tenaient compagnie ce jour-là, je trinquais sans regarder, je n'étais fixé que sur Marco et son éternelle classe. Je revoyais ses crochets et ses frappes surpuissantes, et j'entendais de nouveau les cris que mon frère et moi poussions lorsqu'il faisait trembler les filets.

Ce soir, vers 23 heures, Pedro Miguel Pauleta fera ses adieux au Parc des Princes. Il sera inconsolable. Moi aussi. Il dit qu'il va pleurer. Moi aussi. En même temps je pleure à tous ses buts.
Le PSG va mal, bon d'accord, mais c'est le seul à trouver grâce aux yeux de tout le monde, parce que la grâce il l'a en lui. C'est un génie qui va marquer le but de l'année alors que les travées du Parc se vident parce qu'un 0/0 se profile, c'est un héros qui, toujours la tête haute, sourd aux critiques, envoie une reprise en lucarne, écarte les bras pour mimer l'Aigle qu'il est et court tout le long du virage du stade pour communier avec ses adorateurs. Son regard est fier, sa posture est orgueilleuse, il sait qu'il est inégalable et le montre chaque fois. On admire pas sans raison.

Une petite pensée pour moi, donc, à cette heure fatidique (avant une soirée que j'espère encore inégalable aussi bien sûr!).

# Posté le samedi 10 mai 2008 07:33

Une Rolls dans la tête

Une Rolls dans la tête
Se faire doubler, rayer la calende le long des murs, rouler sans pare-chocs, vitres cassées, le pied sur l'accélérateur, les freins sectionnés, entendre le moteur surchauffer, rétros retournés, cendrier à ras-bords, sièges a demi-basculés, bouteilles renversées, faire crisser les pneus dans les allées; dépasser, dépasser encore, mettre la radio à fond les ballons, le crâne sur l'appui-tête, les mains accrochées au volant, ta tête sur mes cuisses, en pente, dévaler mâchoire serrée, paysage qui défile devant les vitres teintées comme mes Ray-Ban; vu aussi rapidement les gens sont encore plus moches - ordinaires -, tout est gris et doré, tout est rêve et inconscience, le coffre s'ouvre tout seul et se renferme comme une gueule de Cerbère; les verrous sont sautés, le siège fait mal au dos, le toit va s'arracher; forcer la lumière à pénétrer dans les zones d'ombre du cerveau, pendant que la fumée envahit les poumons et les bronches; se croire libre, se vouloir cible, mourir criblé de tessons de bouteilles, vivre imbibé d'air louche et hypocrite, rigoler comme un débile, s'arrêter dans des endroits chics, fuir la tête haute mais le regard vers le bas; continuer à dépasser les poids-lourds polluants, se prendre des bosses, frémir, pneus avants crevés, on s'en fout on a le rêve comme rustine, un clin d'½il et c'est oublié, un deux feuilles et on se fait houspiller, boîte a gants ouvertes, photos de moi tout gosse qui en sorte et s'envole; en fond de cinquième, la vie est moins classique.

# Posté le vendredi 02 mai 2008 10:49

Fuir, là-bas fuir

Fuir, là-bas fuir
Julien-L prend quelques distances, sur cette plate-forme, ailleurs, partout. Le souci c'est pas ce que j'écris, c'est visiblement ce que je suis. Un peu ras-le-bol de ce bruit de fond qui me court après, qui fait croire que je suis tantôt alcoolique et parfois drogué (alors que je n'ai jamais pris de drogue), ou alors qui fait de moi un horrible prétentieux et un affreux tortionnaire. C'est marrant, mais c'est souvent la première chose que l'on pense en m'abordant, ou en s'éloignant de moi, ne retenant que ça, parfois les deux (quand le tome 15456 de mes Mémoires sortira, on saura peut-être quelle est cette goutte d'eau qui a fait déborder le vase, ce 22 avril 2008).

On ignore souvent que je pleure en moyenne une fois par semaine, mais le plus souvent de joie ou alors par nostalgie. On ignore que mon mode de vie rêvé est finalement assez austère, fait d'un lit, d'un bon livre et de la mer méditerranée, avec du Ravel. Et mince, je reparle de moi. Malheureusement la peur d'être seul me conduit à toujours vouloir être le centre de tout et de tous, je le reconnais.

Bon, je vais finir par devenir larmoyant (heureusement que je ne me suicide jamais sinon je pense que j'en aurais parlé!), alors je me casse un peu.

# Posté le mardi 22 avril 2008 15:34

Je parle donc je fuis ( Malika et moi, Georges V, Paris VIII)

Je parle donc je fuis ( Malika et moi, Georges V, Paris VIII)
Il y a quelque chose de vraiment crépusculaire dans un dimanche, jour que personne n'aime (tête pas très réveillée, corps mal habillé), parce qu'il fait trop penser au lundi. Le samedi c'est différent, c'est fait pour les courses et l'individu-consommateur que vous êtes ne se pose pas de question lorsqu'il dévalise les rayons. J'ai passé le mien avec de la vodka-fraise dans les méninges, et c'était l'idéal pour finir Glamorama.
(Que tous ceux qui ont tremblé quand Victor Ward a monté les escalators avec le Boléro dans les oreilles lèvent la main).

Même ceux et celles qui ne sortent pas et passent des journées, des soirées et des vies ennuyeuses - histoire de mieux les raconter après, allez comprendre - n'aiment pas le dimanche.

Si quiconque a une réponse, qu'il me la donne.

Normalement, lorsque le printemps arrive, j'ai non seulement des allergies, mais je deviens de bonne humeur. Cette année c'est l'inverse. Je demeure toujours allergique au nouveau marc lévy qui va sortir (je vous jure que je ne vais jamais arrêter ce combat), au nouvel alexandre jardin, aux gens qui écrivent comme des pieds et racontent leur vie avec ces moyens du bord, fin bref, je crois que la connerie est à base de pollen, pour qu'elle me fasse tant éternuer. On m'a encore assuré hier qu'on pouvait être un passionné de littérature et un lecteur attentif d'anna gavalda ou de chick lit. J'ai encore dû sortir les grands mots, oui une passion pour des livres que ces auteurs n'écrivent pas, oui un amour pour ces livres qui n'en sont pas, oui, oui oui, c'est un irrespect pour la vraie littérature, qu'il devient alors manifestement plus possible d'apprécier dans sa hauteur.

Ah oui tiens, la politique. Même si une tête de noeud a avec brio pointé du doigt une certaine "connerie" dans mes propos, je vais quand même raconter ce que je pense, et c'est pas long, promis tête de noeud. Il n'y a toujours plus rien à gauche, il commence à ne plus rien à voir à droite, il n'y a que du vide au centre. Pour la première fois depuis longtemps, je soutiens (humblement) les différentes manifestations étudiantes, parce que j'ai la naïveté de penser que c'est l'éducation et l'accès à la culture qui permet l'épanouissement de l'individu.

Je vous quitte sur la mélodie d'un glaçon qui s'écrase au fond d'un verre de Cosmo - Fraise.

# Posté le mercredi 09 avril 2008 12:39

Modifié le dimanche 13 avril 2008 12:46