Le plus dur, c'est de se lever, de se diriger vers son "siècle" inscrit sur une étagère et d'aller prendre une pile d'ouvrages à compulser (XIXe siècle, et Balzac, pour moi).
Tiens, Clément Marot sur celle du XVIe, ça fait longtemps, je vais jeter un coup d'oeil, Maurice Scève! Ah Maurice, au moins quatre bonnes années. Un petit coup d'oeil sur le livre III des Essais, et allez, direction Balzac. Molière! Oh rien que pour le plaisir des yeux, je vais relire la tirade pseudo tragique d'Arnolphe dans L'Ecole des Femmes. Et ça me fait rire comme du Chabat. Racine ! Ô que ne donnerais-je pas pour lire une de ses préfaces, dans la langue la plus épurée jamais écrite. Une fable, rien qu'une, et je pense la tête en l'air à ces morales qui me rendent perplexes depuis le CE2. Je lis trois lettres de madame de Sévigné, ensuite Balzac. Mais avant il me faut relire la si belle définition de la tyrannie chez Pascal, quelques poèmes de Saint-Amant et de Voiture, puis il me faut reculer un peu et parcourir un peu de Rabelais et de Jean de Léry (L'histoire d'un voyage faict en la terre du Brésil, je vous le conseille chaleureusement, une merveille, ça vaut tous les Ushuaia du monde). Un dernier pas en arrière, un poème de Villon. C'est bien vrai ça, où sont les neiges d'antan? Pendant que la culpabilité me gagne, je parcours La Bruyère, et je finis par me dire, allez fonce droit devant toi, résiste à la tentation. Manque de chance, je loupe le XIXe et arrive pile devant l'étagère XXe siècle. Je découvre tous les volumes de Situations, de Sartre. Monsieur de Balzac, excusez-moi, je suis à vous dans quelques longues minutes. Très émouvant portrait de lui par lui-même à 70 ans passés, tout en simplicité et en stoïcisme, édifiant tableau des parisiens pendant l'Occupation. Sollers, à côté de Sartre, ça fait longtemps, ouvrons l'Eloge de l'infini. Lecture de quelques quatrièmes de couverture (Camus, Malraux - dont la prose me laisse pourtant de marbre - Echenoz, Simon, Sarraute, Roussel). Bon je file mesdames, messieurs, où, vous me demandez où? Un siècle avant. Ah! XIXe, siècle de mes premiers et éternels amours. Victor, je relis encore une de tes lettres, Balzac ne m'en voudra pas parce qu'il t'aime beaucoup aussi. Il a connu aussi Baudelaire mais pas Rimbaud, pas grave je parcours les deux (j'arrive toujours pas à départager les deux), puis Mallarmé, petit pas discret, très discret, pour ne pas froisser Honoré vers Reverdy et Larbaud, un peu plus proche de nous (par le temps), que j'aime tant, et que je n'arrive pas non plus à départager, du moins du strict point de vue de mon affection. Honoré de Balzac, cher monsieur, pardonnez-moi ces quelques minutes de retard, mais je suis bel et bien là, pour le reste de la journée, et même le début de la soirée.