Houellebecq à Houilles Carrières sur Seine

Houellebecq à Houilles Carrières sur Seine
Cela m'a toujours frappé, de voir des gens qui n'ont jamais rien lu – sans reproche aucun, pour une fois - et qui pourtant incarnent, au sens propre, un personnage, un thème, un motif, une manière de parler de tel ou tel personnage, une éthique.
Ainsi donc, chaque mardi, entre 16h45 et 17 heures, à la gare de Houilles, mon frère et moi, assistons à un spectacle assez étrange, mais très houellebecquien. Je m'explique.
Le monsieur est de taille moyenne, le ventre gras, toujours habillé en beige, avec une banane en cuir autour de la taille (alors que le ministère du Bon Goût a proclamé son abolition depuis 1996), brun, une calvitie naissante, la trentaine à tout casser. Sa madame est petite, toujours mal fagotée, jupe en velours arrivant juste au-dessus des talons, une doudoune, trisomique (ou alors ça y ressemble beaucoup), le teint rose (encore un point commun avec les crevettes ! – les initiés saisiront), toujours souriante. Pendant que le monsieur guette, madame passe un chiffon sur les bacs à sel que les agents déversent sur le quai lorsqu'il gèle (une sorte de Plateforme - décidemment, j'ai du mal avec les jeux de mots littéraires). Elle s'assoit dessus, monsieur l'embrasse, il met sa banane sur le côté (à quelques mètres de deux grands dadais qui se tordent de rire), madame s'allonge, lève ses jambes dodues, et v'la qu'il emmanche sa triso au nez et à la barbe de tout le monde, sans protection (en même temps elle est ligaturée). L'extension du domaine de la rute?
La médiocrité sexuelle dans toute sa splendeur, si bien qu'elle en devient fictionnelle ; la volonté de puissance orgasmique pour dépasser la nullité de l'existence. Lorsqu'il ne l'embrasse pas goulûment, il n'a pas un regard pour les autres qui sont devenus tout rouge ou tournent la tête (ou alors s'écroulent de rire en dégainant de quoi filmer -...). Ces deux êtres n'ont pas connaissance de Houellebecq (peut-être que madame doit aimer marc lévy, en raison de certaines affinités intellectuelles), mais ils incarnent ses textes glauques, miteux ; ces situations nihilistes à l'encontre de toute morale.
N'y venez pas trop nombreux, même ceux qui voudraient prolonger l'ambiance du Salon de l'Agriculture, il ne faut pas les faire fuir.
Décidemment, que du bonheur chez Houellebecq.

# Posté le vendredi 14 mars 2008 19:36

Comptabilité littéraire et déambulations (et retour de la vidéo fétiche en première page)

Le samedi après-midi a toujours été chez moi un moment d'ennui intense, alors je fais des expériences bizarres. Par exemple aujourd'hui, j'ai eu la subite envie de compter mes livres. J'en ai 899, ça ne s'invente pas, il m'en manque un pour arriver à un chiffre rond. A ce sujet, il m'est arrivé quelque chose d'assez affreux vendredi soir, je n'avais que 10 ¤ en poche, à la FNAC (non ce ne sont pas les détenteurs d'Ingrid Bétancourt), et j'avais envie de les cramer. Il fallait un livre, un. Rayon littérature russe. Tchékov, j'ai, Tolstoï, j'ai et c'est chiant, Dostoïevski j'ai aussi et j'adore. Rayon littérature de langue allemande, pas grand chose à l'horizon. Littérature française, du marc lévy d'occasion partout, et des centaines de classiques que j'ai déjà, je n'arrivais pas à me souvenir du "titre du livre auquel je pense tout le temps et que j'oublie tout le temps d'acheter". Blondin Sartre Balzac Sartre Hugo Stendhal, j'ai, même parfois en trois collections différentes. Finalement je suis allé rayon langue anglaise, je me suis faufilé parmi les étalages entiers de livres pour jeunes filles en fleur et je suis reparti avec Glamorama. (en lisant la couverture, expression de Benoit - mon cousin bande d'ignares - : "Ah ça c'est un livre à la Julien! " Pas tort).

En revenant, il a fallu lui trouver une place. Toutes les étagères blindées. Toujours cette même nostalgie, ce pincement en saisissant un ouvrage, me remémorant l'instant où je l'ai lu, ou le cas échéant me disant qu'il va bien falloir que je me mette à le lire un jour; tous ces livres qu'on m'a donnés et que j'ai adoptés, tous ces personnages qui ne m'ont jamais quittés (eux).

Ironie de cette photo de moi, à trois ans, sur mon vélo, avec un grand sourire, juste à côté de cette montagne de livres. 19 ans après, il constate tout ce qu'ont pu apporter ces pages, en bonheur, en spleen, en réussite, en cuisant échec. Ah, joli symbole de l'éternel sourire taquin qui se confronte à la grandeur du monde!

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# Posté le samedi 01 mars 2008 11:12

Allons, petit questionnaire.

Allons, petit questionnaire.
Plus grand tableau ?

La Parade amoureuse, Picabia.

Plus grande chanson?

Initials BB, Gainsbourg.

Plus grand chanteur?

Serge G ( soyons logiques).

Plus grand livre?

Les Illusions Perdues.

Personne que tu aimes le plus?

Mon frère.

Plus grand écrivain vivant?

Beig...

Plus grand amour?

Trop dur de nommer. Elle est partie loin de toutes façons, point.

Prénom préféré?

Il y en a deux, Julien et Jean.

Personne que tu admires le plus?

Original ça tiens comme question. Mes parents. Les gens les plus dignes et les plus travailleurs que je connaisse.

Coin préféré?

L'Alma et St Germain des Prés.

Bar préféré?

Georges V (le meilleur cocktail de l'amitié!)

Coin de France préféré?

La Provence. Tant d'étés là-bas à bronzer la tête sur un Flaubert.

Plus grand regret?

D'en avoir tant.

Meilleure citation :

I fuck the world, John Rambo.

Ce que tu supportes le moins?

La connerie, car elle engendre le racisme, l'intolérance, la violence, et contraint à subir son existence sans la penser.

Blonde ou brune?

Brune.

Mot le plus répété dans la journée?

Putain.

Mot pour qualifier ton ex?

C'est le même !

Plus grande émotion?

Mon bac.


# Posté le dimanche 24 février 2008 17:30

La mélancolie est le plus légitime de tous les tons poétiques (E.A. Poe)

La mélancolie est le plus légitime de tous les tons poétiques (E.A. Poe)
J'ai un coeur grand comme ça c'est vrai, ça se voit pas comme ça de prime abord (j'ai voté communiste dans ma vie, et oui), donc j'avais envie de vous parler, à vous mes chers semblables; une très grande envie de ne rien vous dire en fait ( ça ne vous changera pas de votre quotidien de lire des bêtises - c'est bon c'est la seule saloperie, promis). On va parler lecture tiens.

The Road, le dernier Pulitzer (si vous avez pensé que Pulitzer est l'auteur il faut investir dans un cervelet - mince ça fait deux), sans surprise, est une grande réussite. Sans surprise parce que l'histoire est saisissante, la langue épurée de tout artifice, presque orale. J'imagine le bonheur d'être éditeur et d'avoir ce texte entre les mains. On doit se sentir le maître du monde (je plains l'éditeur américain des bouquins pour nénettes, qui à mon avis doit faire 50 % du chiffre de Prozac). J'ai aussi sur un coin de mon bureau les Mémoires, de Raymond Aron. Là encore une fois, on se dit, putain, les temps ont changé. Ce type écrit sa vie dans un style si simple (j'ai encore envie de dire épuré) une vie si intéressante, alors que maintenant les peoples écrivent mal une vie nulle, au sens propre (mince, ça fait trois saloperies!). Pour les trop nombreux qui ne savent pas qui c'est, Aron a rencontré Sartre à l'ENS il y a de nombreuses années, avant de devenir son fidèle contradicteur : il était de droite. Mieux vaut avoir tort avec Sartre que raison avec Aron (leur position était tellement opposée ! Aron croyait à la psychanalyse, Sartre non, Aron fustigeait l'URSS, Sartre on sait la suite...)Philosophe politique, il raconte comme ça d'un coup que tout jeune il lisait 8 à 10 heures de Kant par jour, et qu'il faisait du tennis entre temps. Non, ce n'est pas pour se faire mousser - il n'a pas besoin de cacher sa médiocrité derrière des artifices - c'est juste que pour lui, c'était normal.

Relecture des Illusions Perdues. Après Le Lys dans la vallée, Le Médecin de Campagne, Le Père Goriot, La recherche de l'Absolu (tout est de Balzac, fermez vos Google), en quelques semaines, pour mes travaux universitaires, et il y a urgence. Evidemment, comme Oscar Wilde, je pense que la mort de Lucien de Rubempré est la pire tragédie de ma vie (je vous dis la fin car vous ne le lirez pas).

Quelques pages noircis de temps en temps, pour mon propre roman, quelques nuits blanchies pour mon autre roman (comprenez ma vie), et voilà. Je vais passer sous silence "la soirée troooop darrrrr" :D, pas le temps de faire croire artificiellement que ma vie est intéressante (?) d'autres s'en chargent mieux que moi (le compteur de saloperies est bloqué!).

# Posté le dimanche 24 février 2008 17:06

Les chênes centenaires

Julien Gracq. Norman Mailer. Alain Robe-Grillet. Mon Dieu quel est le prochain ?



J'ai acheté Le Diable au corps de Radiguet (ça coûte 5e), si par hasard vous détourniez le regard de tous les trucs débiles qui polluent vos journées, tentez de le lire (Il a écrit ça au même âge que vita, et presque au même âge que vos articles débiles sur votre vie médiocre arrivée si tôt au dernier stade de son évolution ((allez j'arrête la rengaine)) - A Mort le mec qui lit pas Cosmo! - c'est juste que la comparaison de deux époques fait sourire, et frémir.

Oh et dire que je commençais à m'adoucir...Ah si seulement vous étiez moins cons!

# Posté le lundi 18 février 2008 11:00

Modifié le dimanche 24 février 2008 12:55