Ainsi donc, chaque mardi, entre 16h45 et 17 heures, à la gare de Houilles, mon frère et moi, assistons à un spectacle assez étrange, mais très houellebecquien. Je m'explique.
Le monsieur est de taille moyenne, le ventre gras, toujours habillé en beige, avec une banane en cuir autour de la taille (alors que le ministère du Bon Goût a proclamé son abolition depuis 1996), brun, une calvitie naissante, la trentaine à tout casser. Sa madame est petite, toujours mal fagotée, jupe en velours arrivant juste au-dessus des talons, une doudoune, trisomique (ou alors ça y ressemble beaucoup), le teint rose (encore un point commun avec les crevettes ! – les initiés saisiront), toujours souriante. Pendant que le monsieur guette, madame passe un chiffon sur les bacs à sel que les agents déversent sur le quai lorsqu'il gèle (une sorte de Plateforme - décidemment, j'ai du mal avec les jeux de mots littéraires). Elle s'assoit dessus, monsieur l'embrasse, il met sa banane sur le côté (à quelques mètres de deux grands dadais qui se tordent de rire), madame s'allonge, lève ses jambes dodues, et v'la qu'il emmanche sa triso au nez et à la barbe de tout le monde, sans protection (en même temps elle est ligaturée). L'extension du domaine de la rute?
La médiocrité sexuelle dans toute sa splendeur, si bien qu'elle en devient fictionnelle ; la volonté de puissance orgasmique pour dépasser la nullité de l'existence. Lorsqu'il ne l'embrasse pas goulûment, il n'a pas un regard pour les autres qui sont devenus tout rouge ou tournent la tête (ou alors s'écroulent de rire en dégainant de quoi filmer -...). Ces deux êtres n'ont pas connaissance de Houellebecq (peut-être que madame doit aimer marc lévy, en raison de certaines affinités intellectuelles), mais ils incarnent ses textes glauques, miteux ; ces situations nihilistes à l'encontre de toute morale.
N'y venez pas trop nombreux, même ceux qui voudraient prolonger l'ambiance du Salon de l'Agriculture, il ne faut pas les faire fuir.
Décidemment, que du bonheur chez Houellebecq.
