Journal paritaire (la misogynie d'accord, mais pas à ce point là) d'un (e) jeune le 26 janvier 2008

Avant de lire, juste pour vous dire que je passe sur la 3 demain, dimanche 27, à 12h50, dans le tout premier sujet. Je sais pas si on me verra en entier, mais il y aura du grand journalisme d'investigation, croyez-moi.

Si dans cent ans Internet et ce blog existent toujours, j'écris cet article pour l'historien qui s'intéressera au mode de vie de la jeunesse entre le XXe siècle et le XXIIe siècle, parce qu'évidemment ce siècle ne comptera pas. C'est le siècle de Glamour et de Marc Lévy, comme il y a eu le siècle des Temps Modernes et des Nourritures Terrestres, que voulez-vous, acceptons ce tragique destin comme Bérénice.

* 10 heures : réveil. Vous avez paressé au lit, vous avez appuyé sur une touche de votre portable pour le mettre en surbrillance afin de voir si le/la chérie du mois a envoyé un sms (ami historien, vous avez dû noter que c'est cela qui a foutu en l'air l'orthographe). Ah tiens il/elle en a envoyé un. "Kikou mn chérie jtm". Votre journée commence bien.

*10h30: Le plus souvent, les filles partent en courses à cette heure là, le samedi, il n'y a pas de monde, et elles achètent leur tenue pour le soir, et pour en parler l'après-midi (ami historien vous voyez la constante depuis l'antiquité, car oui la pouf existe depuis au moins Périclès). Les garçons vous mettez votre casquette et partez faire ronronner le moteur, desfois que quelqu'un se retourne, intrigué par cette jolie mélodie. J'avais oublié votre inévitable réponse au sms.

* 12 heures: Vous rentrez manger chez papa maman. Vous êtes contents parce que vous avez fait un beau dérapage, les plus intrépides vous montrez à votre frangin la vidéo de l'exploit, avant de la balancer sur dailymotion.

*13 heures: Vous montez dans votre chambre. Les plus influençables (deux sexes confondus) vous écoutez ce qui passe sur NRJ, de Britney Spears à Amel Bent, les autres, ceux qui aiment ce qui "change", vous écoutez ce que vos parents écoutaient déjà (ami historien, vous aurez noté que notre siècle est tellement vide, que les jeunes n'ont aucune référence culturelle qui s'oppose à celle de leurs parents - ce qui est une constante dans l'histoire des mentalités, de l'apparition du baroque au rock- ce qui, vous l'avez évidemment vu, a augmenté le nombre de troubles comporte - mentaux).

*14h30 : Vous vous vautrez devant msn, alors que vous avez des devoirs, plein de devoirs, des trucs qu'il faut faire parce que ça fait des bonnes notes. De l'enrichissement personnel? Foutaises. Vous mettez un nombre incalculable de " :D :/ ^^" , parce que comme tous les esclaves, l'illusion de la libération vous stimule et vous aimez le matérialiser.

*16h30: Ah, enfin. Le chéri arrive dans sa voiture rabaissée. Ca l'effectue quand même ce néon qui arrive dans l'horizon. Vous avez tout juste le temps de valider votre nouvel article de votre super skyblog pour raconter cette journée si trépidante ( les vêtements achetés, la coiffure, une tentative avortée de critique littéraire pour vous mesdemoiselles, une photo de vos nouvelles jantes alu pour vous messieurs, accompagnée d'un "troooo dar"). Les célibataires vous partez voir des copains pour jouer à la console, fin vous faites quelque chose pour ne surtout pas rester seul, desfois d'ouvrir un livre.

*18h30 : La soirée arrive, il faut envoyer un nombre infini de sms pour sortir, ou pour dire au / à la chéri (e) que vous pensez à elle, avec des fautes d'orthographe. Si vous ne l'avez pas vu, vous expliquez évidemment à l'être cher votre journée, dans ses moindres détails, de la partie de badminton avec la meilleure amie au match de ping-pong, le tout agrémenté de 'lol' en cas de joie, et de ' : / " en cas de gros tracas. Ou mieux! Vous l'affichez sur votre skyblog, mais avec pas trop de texte car dans un mois il aura changé. Ah monsieur l'historien, mais oui, l'inconstance est une constante de l'humanité, c'est pas nouveau. Ou alors vous rajoutez une photo de vous, avec un nouveau rouge à lèvres, histoire de se démarquer de la précédente. (Oui monsieur l'historien, en fait un blog était au départ un moyen formidable pour que tout le monde écrive chaque jour une pensée, un avis, une critique, mais comme vous vous en doutez, c'est devenu une plate-forme non pas narcissique - comment peut-on aimer se vautrer dans une telle sottise - mais complaisante. Les demoiselles - pour les moins évoluées - mettent des photos de M. Pokora ou de leurs meilleures amies, les autres, celles parvenues au terme de l'évolution, mettent une photo retouchée avec une citation ou un extrait d'un livre auquel elles n'ont rien pigé mais qu'elles ont toutefois aimé. Les copines viennent inscrire leur admiration devant un tel exploit. En général, vos blogs sont tous les mêmes, faut juste changer le nom à chaque fois. Monsieur l'historien, c'est tordant je vous assure. Les messieurs, pour les moins évolués, mettent une photo de leur sportif favori, d'eux devant la glace de leur salle de bain avec des lunettes de soleil et une crête (histoire de faire naturel), ou tout simplement une bonne vieille photo de la 205 tunnée. Les autres, plus évolués, écrivent des poèmes. Souvent des odes, parfois des hymnes. Ces nouveaux poètes sont humbles : ils savent que la poésie est un monument, alors paradoxalement, ils ne s'y frottent pas, et écrivent des vers ahurissants à leur belle ou sur leur si profonde mélancolie. Ca donne des choses consternantes, euh pathétiques, euh non, dignes du suicide. Bien évidemment, ils nomment ce qu'ils font "écrire".

* Après, votre soirée arrive. Vous sortez. Vous ne restez pas entre quatre murs. Plutôt crever. Vous ne savez pas où, mais il faut y aller. La crête est faite pour les tecktonic looser (paré pour faire de la trisomie musicale), les autres vous irez je pense vous divertir dans des lieux tout aussi intéressants.

"Un roi sans divertissement est un homme plein de misères". Tiens, c'est bizarre, je n'aurais jamais deviné que c'était Pascal qui était votre source d'influence. Bon je retire ce que j'ai dit (ami historien, vous noterez ma transparence). Peut-être que je ne vous hais pas alors. Peut-être que Platon ou Baudelaire évoque autre chose pour vous, qu'une citation sous une photo retouchée. Peut-être que vous êtes intéressants. Peut-être que j'aime vous observer, peut-être même que j'aime vous haïr si fort.

# Posté le samedi 26 janvier 2008 11:04

Modifié le samedi 09 février 2008 07:41

Josélections 2008 !

Epoustouflant, époustouflant! Vous avez 15 minutes devant vous? Vous avez envie de rire et d'aller au devant de ce qu'il y a de plus extraordinaire? L'équipe de Service Prod est là pour vous, alors vive l'éclate!




(On jurerait qu'on a fait de la télé toute notre vie! Oui le brun mal rasé c'est moi...)

# Posté le jeudi 03 janvier 2008 13:00

Modifié le vendredi 04 janvier 2008 19:51

Ce sera votre cadeau de fin d'année (je suis trop bon)

Ce sera votre cadeau de fin d'année (je suis trop bon)




Samedi et dimanche, 12h50, France 3, si je vous dis que ce sera bien plus court que chez Nagui, mais terriblement plus marrant, vous me croyez? A vos magnétos!


CLIQUE!!!

# Posté le jeudi 27 décembre 2007 16:16

Modifié le vendredi 28 décembre 2007 14:50

-X-

Je veux juste rectifier quelque chose, Julien Gracq ainsi que Norman Mailer sont toujours là. C'est une mort physique, mais leur esprit est immortel. Saluons plutôt la mémoire de marc lévy et de paulo coelho, ces chers disparus, amen.

"Si une certaine difficulté apparaît parfois à la lecture de Gracq, elle naît d'un sentiment d'oppression provoqué par la morale d'un styliste de haute volée. On a dit que sa littérature était hautaine alors que l'homme était humble. La formule est séduisante mais fausse dès lors que l'on considère l'exigence comme la moindre des choses en littérature. Gracq nous tire vers le haut non par dédain de ceux qui ne le rejoindront pas dans ses hauteurs, mais parce qu'il ne conçoit pas qu'il en soit autrement avec les armes qui sont les siennes."

Pierre Assouline

Parole ultime, de mon cher Rafael:

"t'es juste triste que la seule autre personne en france à part toi à avoir un blaz qui se finisse en -cq soit mort"

Et ça c'est génial

# Posté le dimanche 23 décembre 2007 11:48

Modifié le mercredi 26 décembre 2007 18:20

Ecriture et liberté

Ecriture et liberté
Echarpe sous le nez en sortant du Georges V, qui s'abaisse de temps à autre pour déclamer quelques vers à une beauté céleste et éphémère qui traverse ce quartier. Les pieds qui tremblent, les mains le long du corps, fin vous connaissez la description du mec mec bourré qui marche avec ses potes.
Ensuite, le temps de la réflexion. Plusieurs mois d'un long travail qui s'arrête, passionnant parfois, mais d'un très très long travail, riche en rencontres et en apprentissage de la vie. Mais constat : pas une ligne d'écrite depuis un mois, à part ici, mais l'écriture sur un blog n'en est précisément pas.
Il y a un enseignement que j'ai retenu : j'entends souvent dire que l'écriture libère, que ça permet de soulager je sais pas trop quoi (les textes de ces personnes ne doivent pas dépasser la qualité de journal intime de petit enfant grondée), mais non, mille fois non, pour écrire IL FAUT ETRE LIBRE. L'écriture, la vraie, c'est un énorme travail, un gigantesque abattage, une phrase que l'on met sur la page, qu'on laisse mûrir une nuit, qu'on retravaille le lendemain matin les yeux à peine ouverts, qu'on dit à voix haute, en chuchotant (les consonnes ne claquent pas aussi fort en chuchotant) , qu'on lit en tentant de se mettre dans la peau d'un lecteur lambda, puis une deuxième phrase, et ainsi de suite, dans l'unique but d'être lu : un texte est une objectivation matérielle et stylisée, qui n'attend que des yeux extérieurs pour exister. L'écriture comme parachèvement de la liberté, cela recoupe l'idée de Sartre dans la préface de son livre sur Flaubert – qui ne dit pas autre chose concernant le travail d'écriture.
Sollers, Houellebecq, Beigbeder, Sartre, Gide, BHL, Balzac, Victor Hugo, (j'en passe) toutes ces personnes, toutes, ont soit arrêté de travailler ou on toujours feinté pour ne pas avoir de travail salarié, pour ne pas être la tête dans le guidon, pour ne pas se couper – même momentanément- de la création, de leurs combats, de leur oisiveté, du songe. Mon rêve n'est pas compliqué : c'est celui de la solitude. Non pas toujours tout le temps, j'ai trop besoin de ma famille, de vous les ami(E) s, d'amour non peut-être pas – que voulez-vous, mon c½ur n'a jamais appartenu ni appartiendra jamais à personne, j'arrive pas c'est comme ça – je veux juste une tourelle, avec de la verdure, une énorme bibliothèque, juste de quoi manger (et boire hein), un âne, un feu, des tonnes de pages blanches, tout autant de stylos, le Boléro de Ravel en boucle, une machine à café. Je veux me lever le matin en me remettant dans mon ½uvre (ah oui ça prend tout de suite une autre gueule que la pseudo écriture-libération-de-mes-problèmes-existenciels-car-maman-veut-pas-que-je-sorte-et-elle-m'-aime-pas), me coucher en ne pensant rien qu'à elle, accorder une petite interview de temps à autre (oui certains connaissent mon véritable pêché), aller boire dans les cocktails mondains parce qu'il paraît que c'est là-bas que s'y décide le sort du monde, appeler une escort girl, me la taper la payer et lui commander un taxi (la couler dans le béton si elle s'attache ou si elle se met à parler de sa frange - ou autre souci capillo-vestimentaire), et ne jamais s'arrêter de lire, lire, lire, toujours lire, et fort de cette imprégnation, construire, sculpter mes vers, mes paragraphes, mes tirades, jouissant de cette liberté absolue qui me permet de donner vie à une ½uvre impérissable.
Le froid gagne les mains, forcément je tenais la rambarde du pont de l'Alma depuis près de vingt minutes sans mes gants, oui les amis j'arrive, je pensais juste à l'impossible.

# Posté le samedi 22 décembre 2007 15:40

Modifié le samedi 22 décembre 2007 16:01