Face à face avec la classe

Face à face avec la classe
Bon voilà. L'écharpe enroulée autour de la tête, manteau boutoné, je remontais l'avenue Montaigne, et ses boutiques pour milliardaires, ses voituriers et ses bronzages UV, quand il arriva. Lui, c'est le summum, la classe quoi. Le mec à qui tu parles pas, à qui tu ne t'adresses pas car il est trop classe, le mec même si t'es hétéro tu le trouves juste sublime. Ce mec, pardon cet homme, c'est Alain Delon. J'ai croisé son regard de fauve. Il ne met pas les bras dans son manteau, bah non, il pose juste le manteau sur les épaules. Il a fait un signe de tête. La mienne a tourné, non mais vraiment. Alain Delon c'est de la trempe de Gainsbourg, ce n'est pas un métrosexuel ou je sais pas quoi, ce n'est pas un tecktonic machin chose. Alain Delon c'est une classe perdue, un extra-vivant.

# Posté le vendredi 14 décembre 2007 18:13

Rastignac héros de mots, Paris beauté de pierre

Rastignac héros de mots, Paris beauté de pierre
"L'étudiant sans argent happe un brin de plaisir comme un chien qui dérobe un os à travers mille périls, il le casse, en suce la moelle, et court encore; mais le jeune homme qui fait mouvoir dans son gousset quelques fugitives pièces d'or déguste ses jouissances, il les détaille, il s'y complaît, il se balance dans le ciel, il ne sait plus ce que signifie le mot misère. Paris, lui appartient tout entier. Âge où tout est luisant, où tout scintille et flambe! âge de force joyeuse dont personne ne profite, ni l'homme, ni la femme! âge des dettes et des vives craintes qui décuplent les plaisirs! Qui n'a pas pratiqué la rive gauche de la Seine, entre la rue Saint-Jacques et la rue des Saint-Pères ne connaît rien à la vie humaine!"

Balzac, Le Père Goriot

Ces quelques lignes sur Rastignac (quoi, un rapport avec moi?) montrent quelque chose de vital : Paris a un enseignement à délivrer. De très grandes pages ont été écrites là-dessus, et le sont toujours, mon but n'est pas de les collecter, juste d'en décrire la sensation. Paris et ses mondanités intemporelles, ses codes, ses écueils, ses joies, ses bars, ses boutiques chères dont on ne profite que fauché; ses bords de Seine à longer ivre, et sa brise qui glace les lobes d'oreilles. Ses "personnalités" que l'on croise, de l'écrivain à l'éjectée de Star Academy que l'on aborde, ses brunes à jolie poitrine et ses rousses à la poitrine somalienne. Paris apprend à vivre, Paris rend méfiant, Paris rend rêveur, Paris rend jeune, Paris déniaise, Paris déshinibe, et parfois, un ambitieux aussi hypocrite que talentueux, se hisse sur un sommet pour regarder la ville Lumière et clamer " "A nous deux maintenant!"

# Posté le dimanche 09 décembre 2007 17:53

Scheveningue, morte saison

Dans le clair petit bar aux meubles bien cirés,
Nous avons longuement bu des boissons anglaises;
C'était intime et chaud sous les rideaux tirés.
Dehors le vent de mer faisait trembler les chaises.

On eût dit un fumoir de navire ou de train:
J'avais le coeur serré comme quand on voyage;
J'étais tout attendri, j'étais doux et lointain;
J'étais comme un enfant plein d'angoisse et très sage.

Cependant, tout était si calme autour de nous!
Des gens, près du comptoir, faisaient des confidences.
Oh, comme on est petit, comme on est à genoux,
Certains soirs, vous sentant si près, ô flots immenses!



Valéry Larbaud.


C'est beau, tellement beau Larbaud. Sans niaiserie, sans fioritures, une métrique si précise, des quatrains si fluides, un lyrisme si fuyant. Le lyrisme sans bêtise attendrissante est donc possible...
Il est vrai j'ai souvent pesté contre toutes ces citations de grands auteurs, tous ces poèmes retrouvés en bas de photos sur des blogs débiles écrits en rose, sans approche personnelle du texte; mais là il faut juste savourer chaque syllable, chaque consonne percutant chaque voyelle, et le voyage auquel nous invite Larbaud devient le plus divin.
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# Posté le mercredi 28 novembre 2007 16:42

"Ils me font rire avec leurs barricades en Chanel" Julien-L, mars 2006, TéléSorbonne

"Ils me font rire avec leurs barricades en Chanel" Julien-L, mars 2006, TéléSorbonne

Cette année je ne pense pas faire tout Paris jusqu'à temps de trouver une caméra pour cracher mon fiel sur les bloqueurs. Peut-être même que lorsque je vais reprendre les cours ils seront partis, m'évitant de les corriger (car à la différence d'eux, je sais contre qui et quoi je me bats).
Je me souviens d'une belle tête de con. C'était pendant les manifs anti CPE (j'y ai participé, même n'étant pas spécialement contre), il y en a un avec des lunettes types bobos et les cheveux un peu en l'air, avec une écharpe blanche à carreaux noirs (ceux-là sont à Mai 68 ce que les mangeurs de vomi -désormais cultes!- sont au rock), qui me demandait de le "laisser vivre son Mai 68". Je crois que ce fût mon plus gros fou rire de l'année. Mon plus beau crochet aussi. En plus de ne pas comprendre la loi ni l'actualité, ils ne savent pas organiser un système de vote démocratique (pas de doute, ils sont d'extrême gauche). Alors quand l'interlocuteur ne sait pas parler, mesurer 1m93 permet d'éviter de rester à l'entrée, bien souvent.
Que c'est triste le blocage d'un établissement. Que c'est triste de voir un lieu symbole du savoir bloqué par des ahuris. En fait c'est eux, oui eux, lorsque j'ai commencé mes études dans le Ve qui m'ont dégoûté de l'extrême gauche. La jeunesse communiste au côté d'ignorants comme cela, non merci. Ils veulent se joindre à la manifestation contre les régimes spéciaux, dans un sens, ils vont au bout de leur logique. Ce ne sont qu'une minorité bruyante qui s'accrochent à tout pour ne pas travailler et prendre en otage la population qui veut en découdre avec la vie et en finir avec l'assistanat.
Les bloqueurs de la Sorbonne, je les connais bien. Les autres facs je ne sais pas mais c'est sûrement similaire, toujours sûrement les écharpes barriolées, des têtes à claques, des cigarettes roulées, des cheveux pas lavées. Ceux qui ne viennent jamais en cours, si bête au point de ne même pas songer aux effets bénéfiques de cette loi que tous les grands pays ont mis en place pour moderniser leurs universités et les rendre compétitives. Ceux qui ne voient en la fac qu'un prolongement de leur mois de juillet et de quoi avoir un diplôme facile pour trouver un travail "facilement". Mais non. De la primaire jusqu'au doctorat, l'école c'est de la sueur et des larmes, comme le travail ensuite, je ne crois pas à cette "génération précaire", non, du boulot y'en a vraiment partout, seulement certains termes comme "compétition" ou "motivation" sont des injures, alors que ce sont ces demeurés les plus grosses injures à cette génération déjà peu dégourdie.

# Posté le samedi 10 novembre 2007 07:50

Modifié le mercredi 28 novembre 2007 16:44

Les horizons de l'amour de la sagesse

Les horizons de l'amour de la sagesse
La philosophie est-elle morte? Voilà la question que je me pose, non pour une fois ce n'est pas mon bon vieux côté réactionnaire ni mon attristement quant à ce qu'est ma génération. Je me demande juste quelque chose de simple, avons-nous, ou retiendron-nous (si nous suivons une certaine logique des choses séculaire) une figure philosophique de notre siècle, un Leibniz, un Platon, un Rousseau, un Voltaire? Peut-être bien que non. Peut-être est-ce la faute, tout bêtement, de l'enseignement de cette discipline. En effet, si je suis un ardent défenseur de l'élitisme culturel pour tous, je n'en reste pas moins un farouche opposant à l'élitisme de l'enseignement, au jargonnage. La philosophie, tant dans les lycées que dans les facultés, apprend l'histoire de la philosophie, mais elle ne délivre jamais le Saint Graal, la découverte si précieuse de Descartes, la conscience de la pensée et des chemins qu'il faut prendre muni de cette arme redoutable. Evidemment, on ne peut avancer sans munition dans cette arme, il faut de la citation, du concept, des connaissances, c'est la base, car comme le dit si magnifiquement Merleau-Ponty, la philosophie, cette algèbre de l'histoire, apprend-on à s'en servir? C'est le douloureux constat que dresse Michel Onfray, penseur que j'apprécie énormément et que j'aime lire et avec qui j'aime débattre (internet aura au moins permis de mettre plus facilement en contact les auteurs et les lecteurs), mais qu'avait aussi dressé Diderot : "Hâtons-nous de rendre la philosophie populaire. Si nous voulons que les philosophes marchent en avant, approchons le peuple du point où en sont les philosophes." Car oui, la philosophie ne doit pas être l'affaire d'une bulle enclavée dans ses théorèmes et autres exercices scolastiques pédants, l'art de penser sa vie et de réflechir à sa condition doit être accessible à tous. La philosophia est et doit rester une praxis pour mener vers le bonheur et la réflexion sans cesse remise en question. La faute à qui, la télévision? Là aussi, peut-être, car elle a instillé et c'est indéniable, la paresse dans nos mentalités. Mais ce serait bien trop réducteur. Les médias en général? Un peu plus, ces derniers faisant passer Bernard Werber pour un écrivain ou Eve Angeli pour une chanteuse.

Se demander où va la philosophie, est également fautif, car cela présupposerait la connaissance de ce qu'est la philosophie, or, c'est justement son charme de n'exister que dans la remise en question permanente de sa définition (un peu à l'image de l'homme, tant mieux, lui seul sait penser). Mais il y a néanmoins une essence de la philosophie: pour paraphraser Nietzsche, il s'agit donc dans un premier temps pour les philosophes de penser sur ce que les autres se contentent
de vivre. Hélas, ce n'est pas suffisant. L'essence de la philosophie est en chacun de nous (roulements de tambours), l'art de la question. Et oui. Sartre (au pif), disait qu'il était beaucoup plus facile à un philosophe d'expliquer un nouveau concept à un autre philosophe qu'à un enfant parce que l'enfant posait les vraies questions. Mais depuis Socrate, l'essence de la philosophie réside dans la question, dans l'accouchement d'une vérité au prix d'une altercation entre deux pensées. La philosophie d'aujourd'hui, ne saurait donc se réduire à l'engagement (BHL pour Ségolène, Gluksmann pour Sarkozy) ni à des histoires et des contre-histoires (Luc Ferry, Onfray), mais bien dans un exercice quotidien qui nous pousse à nous interroger sur nos fanatismes, nos repères, le sens de notre vie, l'héritage de nos penseurs et de notre avenir, un petit peu quand même. Alors s' "Il faut perdre la moitié de son temps pour pouvoir employer l'autre" comme le disait Locke, autant dépenser cette fraction temporelle dans l'enrichissement culturel et la réflexion plutôt que se demander si le rose ou le jaune irait le mieux à une crête. Et alors, la pensée ne renaîtra pas, car elle ne meurt pas, mais elle prendra un nouvel envol.

# Posté le samedi 03 novembre 2007 21:45

Modifié le samedi 10 novembre 2007 08:06